L’histoire n’est pas nouvelle et elle vieillit très mal parce que plus ça va, plus c’est pareil.  Un récupérateur procède à la déconstruction d’une bâtisse destinée à être démolie, quand tout à coup, débarque sur le chantier un représentant du  syndicat de la construction du Québec.  Le récupérateur doit quitter les lieux avec son équipe… et une amende pour avoir enfreint  la loi.

Je vous entends déjà me demander : «Mais en quoi quelqu’un qui récupère des matériaux sur une maison qui va être démolie de toutes façons contrevient il à une quelconque loi?»   C’est que, voyez-vous, la déconstruction est encore sous la juridiction de la Régie du bâtiment du Québec.  En d’autres mots, n’importe qui se trouvant sur un chantier, que ce soit pour construire ou déconstruire, doit nécessairement être un syndiqué au salaire dépassant le 30,00 $ de l’heure (un chiffre vraiment conservateur).

Alors, que décide le propriétaire qui veut faire démolir un bâtiment?  Est-il prêt à payer des ouvriers syndiqués à 30,00 de l’heure pour déconstruire sa bâtisse planche par planche durant 15 jours?  Certainement pas, et je le comprends.  Il appelle une pelle mécanique et fait écrabouiller la bâtisse pour ensuite la charger dans des camions.  Avec un peu de chance, les camions se rendent dans un centre de tri.   Mais même si un de mes clients est spécialisé dans le tri des matériaux de construction, il ne s’agit pas de la meilleure solution environnementale.  Le réemploi laisse une empreinte beaucoup moins profonde sur la planète que le recyclage, n’importe quel intervenant en environnement vous le dira.

Alors on fait quoi pour remédier à tout ça?  On modifie la loi en sortant les activités de déconstruction du décret de la construction.  Ça n’enlèvera absolument rien aux travailleurs de la construction, puisqu’actuellement ils ne font pas de déconstruction, personne n’étant assez stupide pour payer ce qu’ils commandent pour une telle activité.  En modifiant la loi, le Québec assisterait à l’émergence d’une industrie très intéressante, qui ferait travailler des gens qui pourraient aspirer à gagner plus que le salaire minimum et qui donnerait accès à des matériaux usagés à un prix très abordable.  En bout de ligne, il s’agirait d’un très grand pas en avant, tant au niveau social qu’environnemental.

Dans certaines villes américaines, je pense entre autre à Portland, les ouvriers de déconstruction sont payé 15,00 l’heure et fournissent en matériaux des centres de rénovation spécialisés dans la vente d’usagé.  Évidemment, les pros syndicat vont mettre sur la table l’argument de la sécurité sur un chantier et blablabla.  Ce n’est pas le syndicat qui vous empêche de vous blesser sur un chantier chers ouvriers, ni la régie du bâtiment : C’EST LE GROS BON SENS.  Rien n’empêcherait la CSST d’exiger une formation en déconstruction sécuritaire, afin de s’assurer que toutes déconstructions effectuées au Québec se fassent dans les règles de l’art.  Dépoussiérons nos vieilles lois svp!