De la vision, du leadership et du gros bon sens

Je n’en croyais pas mes yeux lorsque j’ai lu, dans l’édition du journal La Tribune du 7 mars dernier, un article titré : LES ESTRIENS PEUVENT RECYCLER LES SACS EPI. Je dois dire qu’encore une fois, le journaliste David Bombardier a fait du bon boulot en fouillant un dossier qui, je m’en suis rendu compte au cours de la dernière semaine, intéresse une très grande partie de la population.

La surprise m’est surtout venue de Jean-François Rouleau, président de la Régie de tri et de récupération de la région sherbrookoise, nous dit, en parlant des sacs biodégradables EPI : « On continue de les prendre et on a des marchés pour les revendre ». Un peu plus loin dans l’article, il est précisé que le centre de tri de la région sherbrookoise a recommencé à vendre ses ballots de plastique à un « prix plancher ». Justement monsieur Rouleau, vous ne faites pas le lien entre la qualité du plastique que vous offrez aux acheteurs et le fait que vous soyez contraint de vendre votre marchandise à un prix ridiculement bas ? Vous voyez, je suis le premier à encourager les gens à faire subir une cure d’amaigrissement à leur contenant à déchets, en mettant les matières aux bons endroits, soit dans le bac de matières recyclables ou dans le bac brun dont le contenu abouti dans un centre de compostage. Mais je crois qu’il est plus que temps que les citoyens desservis par le centre de tri de Sherbrooke soient mieux informé quant à la deuxième vie de leurs matières recyclables. En guise de récompense envers tous ces gens qui font grimper chaque année le taux de récupération de la région, la régie de tri devrait s’engager à informer l’ensemble de la population de ce que ça donne pour vrai, de récupérer.

  • Qui est ce fameux acheteur qui donne une deuxième vie aux sacs biodégradables dont la compagnie Gaudreau Environnement de Victoriaville, un leader dans le domaine, ne veut même pas ?
  • Combien de kilomètres parcourent les ballots de sacs avant d’être transformé ?
  • Quel est le pourcentage de nos sacs qui ont réellement droit à une deuxième vie VS ceux qui finissent par retourner à l’enfouissement ?

La vérité, gens de l’Estrie, c’est que la régie de tri et de récupération de la région sherbrookoise ne veut surtout pas avoir à chercher les réponses à toutes ces questions. On charge des remorques avec des ballots de plastique et on la regarde disparaître à l’horizon en priant le ciel pour qu’elle revienne vide afin qu’on puisse procéder au plus vite à un autre chargement. Est-ce le signe d’une ville verte? Pas certain du tout. Regardons ce qui se passe à Victoriaville. Là-bas, la compagnie Gaudreau Environnement transforme elle-même le plastique avant de le revendre. Donc lorsque cette entreprise demande à ses citoyens d’envoyer les sacs de type EPI à l’enfouissement, c’est qu’elle sait pertinemment bien qu’une fois recyclé, ce produit n’est pas en mesure d’offrir aux consommateurs un produit de qualité.

Pour devenir réellement une ville verte, il faut faire preuve de vision, donc voir plus loin que le bout de la route sur laquelle disparaît la remorque de ballot de plastique de mauvaise qualité. Si les produits faits de plastique recyclé ne sont pas de bonne qualité parce que contaminé par du biodégradable EPI, le marché de revente du plastique va s’enfoncer d’avantage. Si tel est le cas, les centres de tri vont continuer à en arracher et devront hausser leurs prix pour s’en sortir. Il n’y aura donc aucun argument économique pour encourager les citoyens, autant résidentiels que corporatifs, à recycler. Vous voyez, c’est ça avoir de la vision (ou ne pas en avoir, c’est selon).

Pour devenir réellement une ville verte, il faut également faire preuve de leadership. Dans le dossier qui nous concerne, un leader aurait déjà pris le téléphone et contacté l’Union des Municipalités, la ministre Beauchamp et le distributeur de ces sacs à la deuxième vie incertaine afin de régler ce problème. Le leadership, c’est plus que de se faire photographier avec des dirigeants de marché d’alimentation qui abolissent les sacs de plastique. Un vrai leader est présent du début à la fin d’un problème, pas seulement lors des conférences de presse annonçant la solution trouvée par d’autres intervenants.

Et finalement, pour devenir réellement une ville verte, le gros bon sens doit primer. Le gros bon sens, c’est de chercher à éliminer le plus de causes possibles qui font qu’on reçoive un prix plancher pour nos ballots de plastique. Et à ceux qui diront que la situation est la même partout, je réponds : « Une ville réellement verte essaie de faire mieux que tout le monde. Ni pire, ni égal ». Quand allons-nous étudier la possibilité de transformer nous-mêmes le plastique que nous trions ?